De l'autodétermination des peuples - une leçon récente

Auteur(s)
Xavier Azalbert, France-Soir
Publié le 29 mai 2024 - 14:00
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De l'autodétermination des peuples - une leçon récente
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Je me dois d’y faire à nouveau référence, cela s'impose manifestement. 

Aux termes de l'article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen :

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. »

L'autodétermination des peuples, à savoir le droit que tout peuple a de choisir « souverainement » (c'est-à-dire sans intervention d'une entité extérieure quelle qu'elle soit), tant son système politique que ses dirigeants, ce droit, normalement, ne devrait souffrir d'aucune contestation possible.

Ceci, tout particulièrement quand il ne souffre aucune ambiguïté concernant l'effectivité du peuple en question. À savoir quand il n'y a aucune équivoque sur le fait que telle collectivité humaine constitue ce peuple.

L'exemple type de l'effectivité sans équivoque aucune possible d'une communauté humaine en tant que peuple, c'est bien sûr la communauté autochtone millénaire de tel territoire avant qu'une entité extérieure, étatique ou non, vienne y imposer sa loi. Les Indiens d'Amérique (du Nord, Centrale, ou du Sud), les Aborigènes en Océanie (Australie et la Nouvelle-Zélande), depuis l'envahissement de leurs terres et leur massacre par l'Empire Britannique, les peuples Africains (Maghreb, Afrique Noire, Proche-Orient, péninsule Arabique), le peuple de l'Inde ancestrale divisée en deux (Inde et Pakistan) au terme de la Première Guerre mondiale, les peuples Maoris, les Kanaks, etc.. (1)

Pardi ! Dès lors que ces populations étaient là avant l'arrivée des colons européens, et avec leurs systèmes politiques respectifs qui fonctionnaient tels des États, au sens de l'autodétermination des peuples, ces populations constituent, sans contestation objective possible, des peuples qui ont droit à 100 % à l'autodétermination des peuples.

À plus forte raison lorsqu'il est avéré, malgré une domination extérieure pendant des décennies ou plus, des siècles, qu'un massacre en masse de la population autochtone, et qu'une politique de destruction culturelle institutionnalisée a été opérée pour réduire la culture autochtone traditionnelle, à peau de chagrin, et que la population autochtone originelle a su préserver cette dernière.

Plus encore, lorsque, la population autochtone originelle revendique dès lors à juste titre de pouvoir exercer son droit à l'autodétermination, à savoir au motif qu'elle est restée suffisamment importante en nombre de membres pour pouvoir le faire en tant que Nation.

En toute sincérité, ceci devrait être considéré comme incontestable même lorsque la population autochtone est devenue minoritaire sur son sol : dès lors qu'il est également acquis qu'un accord passé entre le Gouvernement du pays colonisateur et la population autochtone, s'agissant de l'autodétermination de « ce peuple », est intervenu avant que la population autochtone ne devienne minoritaire.

Pareillement lorsque, du fait d'un changement dans le mode de scrutin prévu dans cet accord ou du fait d'un changement relatif lui à l'éligibilité à ce scrutin, a décidé postérieurement à cet accord : là non plus le droit à l'autodétermination dont jouit la population autochtone ne serait pouvoir être remis en question valablement.

Notamment, quand la mise en minorité de la population autochtone procède d'un tel artifice, et qu'en plus du recours à un artifice, le Gouvernement du pays colonisateur a fait traîner la mise en place finale de cet accord pendant des décennies. C'est-à-dire de façon à ce que, par cette entremise biaisée, la mise en minorité de la population autochtone concernée soit effective lorsque le scrutin pour décider de l'indépendance de son territoire se tient finalement.

Or, tel est exactement le cas avec la convention dénommée « Les accords de Nouméa », nous disent les indépendantistes Kanaks.  Et très sincèrement, il est très difficile de ne pas considérer leur donner raison. Je m'explique.

Alors que la révision constitutionnelle du 23 février 2007 a accordé aux Kanaks une voix prépondérante, en édictant que « Seules les personnes inscrites sur les listes électorales avant la signature de l'accord de Nouméa, en 1998, pouvaient voter aux élections provinciales ».

Patatras ! Le projet de révision constitutionnelle, dont il est débattu actuellement au Parlement, vise à d'ouvrir le corps électoral « à tous les natifs de Nouvelle-Calédonie », ainsi qu'aux personnes ayant « au moins dix ans de résidence en Nouvelle-Calédonie. »

D'après les estimations avancées par le Gouvernement, 25 000 personnes supplémentaires pourraient se rendre aux urnes par cette entremise.

D'où la colère des indépendantistes Kanaks.

En effet, dans leur immense majorité, ces 25.000 personnes supplémentaires appelées à se prononcer sur l'indépendance totale de la Nouvelle-Calédonie (prévue par les accords de Nouméa), sont extérieures à la population Kanak.

L'excuse avancée par le Gouvernement Français pour légitimer ce projet de réforme constitutionnelle est de rendre le corps électoral « davantage conforme aux principes de la démocratie. »

Le texte a été voté par le Sénat, puis par l'Assemblée nationale, mercredi dernier.

Mais étant donné qu'il s'agit d'une réforme constitutionnelle, le Parlement doit l'adopter en Congrès.

À l'instar du passage en force du Gouvernement opéré en 2008 qui a contribué à dépouiller le peuple français de sa souveraineté, et donc de son droit à l'autodétermination. En effet, le Traité de Lisbonne a confié tous les pouvoirs à des instances extérieures non-élues par le peuple français (Commission européenne et Conseil de l'Europe), lorsque le Parlement, réuni en Congrès, est passé outre aux résultats d'un référendum de 2005, lors duquel le peuple français s'était exprimé largement contre ce texte.

Le Gouvernement, Premier Ministre en tête, et les parlementaires qui y sont favorables, ont beau crier haut et fort que « Le dégel du corps électoral des élections provinciales est une nécessité juridique et démocratique », les spécialistes des questions indépendantistes se sont rangés, unanimement, derrière l'avis donné sur le sujet par Benoît Trépied, chargé de recherches au CNRS, à savoir que ce projet de réforme constitutionnelle a conduit aux émeutes actuelles :

« On sait pertinemment que toucher au corps électoral, sans un accord global et un compromis général, c'est déterrer la hache de guerre. »

En cela, la tirade qui a été lancée en guise de justification par Mathias Chauchat, le non-Kanak, président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, et farouchement opposé à l'indépendance, cette tirade, n'a fait que jeter de l'huile sur le feu :

« C'est une rupture fondamentale. »

Diable ! Plus radicale comme rupture décidée unilatéralement, tu meurs.

Il en est de même de la visite que vient d'effectuer Emmanuel Macron en Nouvelle-Calédonie : l'homme, dont la cote de popularité en métropole touche le fond, a pu constater à cette occasion que cette partie du pays ne fait pas exception.

Bien au contraire !

Le blabla, les niaiseries, le paternalisme, la suffisance, la posture, le ton, les gestes, et les formules hautaines et méprisantes dont Emmanuel Macron a encore fait usage publiquement durant cette visite express à deux millions d'euros, le peuple de France, en général, en a plus que marre, et le peuple Kanak en particulier plus encore.

On le comprend !

À cet égard, on ne peut que féliciter vivement la manière dont le Président de la Guyane, Mohamed Irfaan Ali, a dûment remis à sa place un journaliste britannique. Ce dernier était venu délivrer la « sainte parole » du WEF à son ancienne colonie, à l'intérieur du palais Présidentiel.

Stephan Sackur, journaliste britannique, archétype de l'anglo-saxon impérialiste, s'essayait à faire la morale sur l'exploitation de ses ressources gazières et pétrolières, à ce Chef d'État démocratiquement élu. Il a reçu, en direct, la leçon qu'il méritait. Yes, of course !

Mohamed Irfaan Ali lui fait ravaler son arrogance en lui mettant face à la réalité


Transcript de la vidéo de l'interview - lisez plutôt le degré d'arrogance et surtout la réponse type upercut de Mohamed Irfaan Ali : 

Stephan Sachur, Journaliste BBC : « Examinons la situation d'un point de vue global. Dans la prochaine décennie, voire les deux prochaines, on s'attend à ce qu'il y ait, pour 150 milliards de dollars, d'huile et de gaz extraits de votre culture. C'est un chiffre extraordinaire. Mais pensez-y de manière pratique ?    Cela signifie, selon de nombreux experts, que plus de deux milliards de tonnes de carbone proviendront de votre fond marin ; de ses réserves ; et seront libérées dans l'atmosphère. Je ne sais si vous, en tant que Chef d'État, êtes allé à la COP. »

Mohamed Irfaan Ali : « Je vous arrête tout de suite. Savez-vous que la Guyane a une forêt pour toujours ? Qui fait la taille de l'Angleterre et de l’Écosse réunies ? Une forêt qui stocke 19,5 gigatonnes de carbone. Une forêt que nous avons gardée en vie. »

Journaliste BBC : « Cela vous donne-t-il le droit de libérer tout ce carbone ? »

Mohamed Irfaan Ali : « Cela vous donne-t-il le droit de nous faire la leçon sur le changement climatique ? Je vais vous faire un cours sur le changement climatique, parce que nous avons gardé cette forêt en vie. 19,5 gigatonnes de carbone que vous appréciez. Que le monde apprécie. Que vous ne payez pas. Que vous ne valorisez pas. Que vous ne valorisez pas et dont vous ne voyez pas l'intérêt. Parce que le peuple de Guyane a préservé. Nous avons le taux de déforestation le plus bas au monde. Et avec l'exploitation de la ressource pétrolière et gazière que nous avons maintenant, nous serons « Net zéro. » La Guyane restera « Net zéro. » Attendez ! Je n'ai pas encore terminé. Non. Je n'ai pas fini encore. C'est une hypocrisie, qui existe dans le monde. Le monde, dans les derniers 50 ans, a perdu 65 % de toute sa biodiversité. Nous avons préservé notre biodiversité. Êtes-vous prêt à payer pour cela ? Êtes-vous dans la poche de ceux qui ont détruit l'environnement pendant la révolution industrielle, et qui maintenant nous font la leçon ? Êtes-vous payé par eux ? »

Voilà. 

Et quand le journaliste britannique l'a critiqué pour sa volonté d'accueillir « le criminel de guerre » Vladimir Poutine, Mohamed Irfaan Ali lui a rétorqué ceci :

« ▶️Combien de crimes votre pays a-t-il commis en Irak ? »

Le journaliste britannique n'a pas répondu à cette question. Sans doute parce que, l'interview devant s'arrêter deux minutes après, il n'aurait pas pu les énumérer tous.

Eh oui ! L'Occident collectif ne l'a pas encore compris, mais son emprise sur le Sud global disparaît à vitesse grand V.

 

(1) Cette liste n'est pas exhaustive, loin s'en faut. Tous les peuples constituant une Nation, au sens de l'effectivité requise pour revendiquer légitimement le droit à l'autodétermination, tous les peuples du monde, je crois, ont tous été sous la domination politique d'un autre peuple à un moment donné de l'Histoire. Dites-moi s'il y a une exception. Moi je n'en vois pas.

 

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