De l’opération Covid à l’IA pour tous : quelle place pour l’esprit critique ?


L’épisode du Covid l’aura magistralement démontré, l’être social du XXIe siècle est prêt à toutes les humiliations pour sa sacro-sainte intégration et le maintien de ses privilèges, petits et grands, de consommateur. Satisfaisant machinalement son besoin d’appartenance jusqu’à sacrifier sa dignité au nom de croyances et de rituels collectifs des plus absurdes, il souffre en réalité d’un grave manque d’éducation à l’esprit critique. Sa peur de l’exclusion, dont joue l’autorité prédatrice par un système idéologique de sanctions et de récompenses, l’amène invariablement à se soumettre aux dogmes en vigueur, fussent-ils profondément discriminatoires.
Avec l’état d’urgence et les lois d’exception, le techno-totalitarisme à la chinoise ou à l’israélienne s’est invité chez nous et les gens l’ont aveuglément et massivement approuvé, l’accueillant alors comme une nécessité face à la menace épidémique. La France, creuset des Lumières, s’est retrouvée en quelques jours de flottement et de panique au même niveau que n’importe quelle dictature religieuse qui persécute ses apostats. Cinq ans après le scandale du premier confinement « sanitaire » et des mesures liberticides liées à la gestion politique du Covid-19, nous réalisons que nous avons été peu à réellement résister. Faisant malgré nous l’expérience de la discrimination sociale, nous aurons perdu un emploi, un statut, des droits, des collègues, des amis ; mais nous en aurons gagné d’autres. Des plus sûrs, des plus authentiques. Surtout, nous aurons préservé notre dignité : ceci vaut tous les sacrifices.
Et quels auront été les hommes et femmes politiques à nous défendre, à représenter le bon sens et incarner la résistance pendant cette période inédite de répression sanito-sécuritaire ? Hormis les présidents de parti Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan, fidèles à leur mission de souveraineté populaire, je ne vois pas. Saluons ici leur engagement et demandons-nous solidairement pourquoi ils ont été si seuls dans le paysage politico-médiatique ; demandons-nous si le slogan « Tous pourris » — de l’extrême gauche mélenchoniste à l’extrême droite lepéniste — n’est finalement pas le plus pertinent, le plus à même de nous conduire vers l’autonomie et le renouveau du système institutionnel.
Il est important de ne pas oublier. Qui était présent et qui ne l’était pas. Qui s’est élevé contre l’ostracisation des non-vaccinés et qui y a participé. Comme une épreuve humaine révélatrice, le ségrégationnisme covidique aura au moins démasqué de façon plus franche les faux opposants, les faux libertaires, les faux artistes. Tous ces gens qui avaient le pouvoir et la possibilité de dire stop et qui ne l’ont pas fait, tous ces « représentants », ces « responsables », ces « personnalités », mériteraient d’être définitivement boycottés et injuriés à chacune de leurs apparitions ; car dans un État qui viole les libertés fondamentales — de circuler, de se réunir, de disposer de son corps et de s’exprimer — du citoyen, l’injure devient un droit face aux personnes d’autorité. Il y a en effet dans la spontanéité de l’injure une vérité synthétique, radicale, dont on a fondamentalement besoin devant un monde saturé de manières et de procédures…
La question qui se pose désormais est la suivante : comment éviter qu’une telle opération de manipulation de masse ne se reproduise ? En tant qu’enseignant et idéaliste, j’aurais tendance à dire que l’éducation, à terme, est la clé — le citoyen de demain étant l’élève d’aujourd’hui, et l’enfant d’aujourd’hui étant le parent de demain. Plus exactement, et avec tout ce que cela comporte de paradoxes et de subtilités, je dirais que l’éducation à l’indépendance est la clé. Tant que l’institution scolaire ne sera débarrassée de sa fonction idéologisante, conformante, les abus d’autorité se répèteront et empireront avec l’intrusion délétère, incontrôlable, des nouvelles technologies dans la vie des plus jeunes. Il s’agit là d’un véritable fléau de santé publique, dont on ne mesure pas encore suffisamment l’ampleur : les troubles du langage, de l’attention et du comportement, entre autres dommages cérébraux, tendent maintenant à se généraliser chez les enfants surexposés aux écrans.
L’esprit critique est un apprentissage qui part de l’intuition, du sensible. Il naît d’une conviction intime, nourrie de l’expérience collective, des productions culturelles d’une société — la France ayant été longtemps, jusqu’à sa soumission aux puissances bancaires et militaristes, le phare des libertés dans le monde. Et le rôle de l’autorité techno-totalitariste, drapée des oripeaux démagogiques de la démocratie, est d’éloigner au plus tôt l’être de l’intuition, du sensible. Naviguant dangereusement des promesses de la virtualité aux déceptions de la réalité, agressé par l’image au quotidien, l’enfant est désormais, comme ses parents, esclave de son écran. Les enseignants le savent : les tics et les TOC de la génération TikTok ne présagent rien de bon pour l’avenir de la collectivité…
Réinvestir le champ médiatique, réhabiliter la scène culturelle, artistique et littéraire — gangrenés par les lois du favoritisme et la promotion subventionnée de la médiocrité —, voilà une étape déterminante dans notre entreprise d’émancipation. Puis vient la reconnexion nécessaire avec la nature environnante, avec la terre, la pierre, le bois. La reconnexion avec ce qui rend libre, ce qui permet de bâtir, de créer, d’élever et de s’élever. Sortir de la virtualité numérique, de l’artificialité langagière, et retrouver le sens et la valeur des mots, des idées.
Nul besoin d’analyses savantes, de beaux discours rassembleurs, nul besoin d’hymne ni d’étendard, il suffit de marcher dans les rues de n’importe quelle ville de France ou d’Europe — rideaux des commerces baissés, mines défaites et hargneuses des passants, jeunes gens tatoués de la tête aux pieds, multiplication des mendiants, des toxicomanes et des clandestins… — pour comprendre que nous assistons là aux derniers soubresauts de la société de consommation, à la phase terminale du cancer néocapitaliste. Et c’est peut-être au fond une bonne nouvelle, dans la mesure où il nous reste à inventer un monde nouveau, débarrassé de la tyrannie globaliste.
Mais, fatalement, si l’intelligence artificielle devient le meilleur ami de l’écolier ou de l’étudiant — de la résolution de problèmes mathématiques à la rédaction de dissertations philosophiques —, si les efforts de recherche, de réflexion et de formulation ne sont plus fournis, qu’adviendra-t-il du cerveau humain ?… Pour en avoir le cœur net, je pose la question à ChatGPT : « Le cerveau humain est-il voué à rétrécir avec la démocratisation de l’intelligence artificielle ? » Et la réponse n’est pas des plus rassurantes… Elle commence ainsi : « Pas nécessairement. L’idée que l’intelligence artificielle (IA) pourrait provoquer un rétrécissement du cerveau humain repose sur l’hypothèse que nous utiliserons moins nos capacités cognitives, ce qui entraînerait une atrophie, un peu comme un muscle non sollicité. Cependant, la réalité est plus nuancée. »
Personnellement, je ne suis pas sûr de vouloir d’un monde où la machine atrophie les cerveaux. Mais sans doute cela convient-il à certains… Alors je prends sur moi et je me dis : « Allons, fais un effort, sois tolérant… » Et dans le doute, j’interroge ChatGPT : « La tolérance a-t-elle des limites ? » Voici la conclusion de notre ami le robot : « La tolérance ne doit pas être naïve. Elle doit être encadrée pour ne pas être instrumentalisée contre elle-même. » Aha. À méditer (humainement) !
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