Ukraine  : les faiblesses des deux principaux arguments du narratif pro-guerre

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Jean-Neige pour France-Soir
Publié le 26 mars 2024 - 18:00
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Interview de Vladimir Poutine par Tucker Carlson du 8 février 2024
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TRIBUNE - Pour ces gens qui souhaitent absolument la défaite de la Russie, qu’ils y croient vraiment ou pas, le premier argument est une « reductio ad hitlerum » visant le président russe. Le discours consiste à dire que puisque Poutine a attaqué l’Ukraine, il peut attaquer n’importe quel autre pays, comme Hitler avant lui. Même le président Macron a suggéré cela. Et donc, il faut arrêter le nouvel Hitler à tout prix. Rob Bauer, le président du Comité militaire de l'OTAN déclare : "Nous sommes prêts à la confrontation avec la Russie !" 

Dans leur logique, pour éviter une guerre future éventuelle, dont rien ne permet d’affirmer qu’elle aurait lieu, il faudrait donc faire la guerre au plus tôt au maximum de nos possibilités : « tout ce qu’il faut », et pour cela prendre le risque de s’engager dans une guerre encore pire que ce que l’on prétend vouloir éviter 

A ce niveau d’absurdité et de folie dangereuse, la destitution urgente de Macron se justifierait. Malheureusement, les oppositions au Parlement s’y refusent toujours. Tous ceux qui refusent de voter la destitution sont donc de facto complices de la folie du pouvoir.  

Heureusement, certaines voix de raison s’expriment encore : 

Comme le résume Yann Moix : « On prête à Vladimir Poutine des intentions qu’il n’a sans doute pas (…) On nous fait avaler des postulats dont rien ne nous assure qu’ils soient vrais ».  

Le porte-parole de l’ambassade de Russie en France, que les pro-Ukrainiens voudraient voir interdit d’antenne ou même expulsé, entend rassurer le peuple français : 

Le président russe, notamment dans sa récente interview très suivie avec Tucker Carlson, ne cesse de répéter qu’il n’a aucun intérêt à attaquer un pays membre de l’OTAN et que ce serait même suicidaire.  

Mais alors, les bellicistes répondent qu’on ne peut pas lui faire confiance, puisqu’il a déjà attaqué l’Ukraine, et la Géorgie avant cela, en 2008. Mais ils se gardent bien d’expliquer les origines réelles de ces guerres qui sont dues soit à des provocations américaines, soit aux complications liées à l’effondrement de l’Empire soviétique. Ces conflits ont des logiques propres bien spécifiques, comme des rivalités séculaires entre communautés en Géorgie. Cela n’a rien à voir avec la Pologne où personne n’a envie de voir les Russes débarquer.  

Le cas le plus litigieux pourrait être celui de pays Baltes, envahis et annexés par Staline, qui y a déplacé des fortes minorités russes. Mais ces pays ont depuis intégré l’OTAN et Poutine a toujours dit, encore une fois, que s’attaquer à un pays membre de l’OTAN était une folie.  

Et c’est parce que l’OTAN fait peur aux Russes, que Poutine a décidé d’attaquer l’Ukraine AVANT qu’elle ne rejoigne l’OTAN, comme on pouvait le comprendre dès le 7 février 2022 dans sa conférence de presse après son entrevue avec Macron (qui à l’époque, prétendait chercher la paix). La démonstration du Russe était implacable. En signant en mars 2021 le décret qui lui permettait de reprendre la Crimée par la voix militaire, Zelensky a véritablement provoqué la Russie qui considère ce territoire comme le sien. Alors que, parallèlement, l’Ukraine renforçait son armée et se rapprochait toujours plus des Etats-Unis et de l’OTAN, la menace du point de vue russe devenait plus grande chaque jour.  S’ils attendaient trop, ce n’était pas l’Ukraine seule avec qui ils seraient en guerre, mais tout l’OTAN. Poutine a déjà dit par ailleurs que, lorsque le combat est inévitable – et c’est la conclusion à laquelle il était visiblement arrivé – il faut frapper le premier.  

Le drame, c’est que personne sur les plateaux en vue n’a été invité pour expliquer les raisons profondes de cette guerre. Et c’est à l’évidence voulu. Les gens qui savent de quoi ils parlent sont confinés aux médias alternatifs non-subventionnés.  

Lors de son entretien avec Tucker Carlson, Poutine a tenté d’expliquer au public occidental pourquoi l’Ukraine était si particulière pour la Russie, comme une part d’elle-même séparée par l’inconséquence des Bolchéviques, puis par l’effondrement précipité de l’URSS. Aucun autre territoire étranger n’a pour la Russie la même importance que l’Ukraine, puisque c’est là qu’elle est née. On peut arguer que cette guerre est quelque part une guerre civile. J’ai tellement entendu dans le Donbass les babouchkas se plaindre que cette guerre, alors limitée à cette région, était une guerre entre frères. Donc, en quoi cette guerre devrait-elle concerner l’Europe de l’Ouest au point de s’y engager militairement ? C’est absurde. On aurait dû privilégier les solutions de paix comme les Accords de Minsk.  

Le deuxième argument 

Et même si la Russie s’arrêtait à l’Ukraine, l’autre argument des partisans de la défaite de la Russie est de prétendre que, si cette dernière se sort de son coup de force avec ce qu’elle souhaite, et une « annexation » d’une partie du territoire de son voisin, ce serait un encouragement pour n’importe quel autre pays de faire de même, et donc cela constituerait une menace pour l’ordre international. Cet argument, je l’avais déjà entendu en Ukraine de la part de diplomates de haut rang et il a une logique.  

Mais ce qu’on n’a quasiment pas analysé en Occident, c’est que, afin de pouvoir justifier juridiquement son intervention en Ukraine, la Russie a d’abord reconnu l’indépendance des républiques auto-proclamées du Donbass le 21 février 2022, le temps pour ces dernières de formuler une demande d’aide à la Russie pour les protéger des bombardements de l’armée ukrainienne. La Russie a pu ainsi intervenir le 24 février, en prétendant se situer dans le cadre de la Charte des Nations Unies, qui permet à un pays d’intervenir en aide à un autre pays agressé.  

Ainsi, la situation devenait inversée. Ce n’était plus la Russie qui agressait l’Ukraine, mais l’Ukraine qui agressait les petites républiques du Donbass, et la Russie qui venait à leur secours (je dois rendre hommage à une lectrice de France-Soir qui a attiré mon attention là-dessus en commentant un de mes précédents articles). Les accusations de violation du droit international visant la Russie sont ainsi relativisées. Le point de vue russe a aussi une logique.  

Il faut rappeler que c’est l’Ukraine, l’Allemagne et la France qui ont laissé pourrir les Accords de Minsk qu’ils n’avaient aucune intention d’appliquer. Par ailleurs, avant et après l’intervention russe, le président Poutine n’a cessé d’appeler à des négociations avec les partenaires occidentaux pour définir un cadre de garanties mutuelles qui prendrait véritablement en compte les angoisses sécuritaires de chacun. La Russie n’a sans doute pas envie d’un monde instable où d’autres pays attaqueraient leurs voisins. Elle cherche à commercer avec tous les pays. Mais elle considère que l’Occident a refusé d’entendre ses préoccupations sécuritaires. Et c’est largement vrai. Comme le dit Slobodan Despot dans un remarquable texte sur le Russie, « le problème avec l’approche occidentale de la Russie n’est pas tant dans le manque de volonté de comprendre que dans l’excès de volonté de de rien savoir » 

Mais on sait que c’est pire que cela. Pour les Américains de l’Etat profond, l’affaiblissement de la Russie, voire son démantèlement, sont des objectifs stratégiques depuis des décennies.   

Par ailleurs, agresser qui bon lui semble selon leurs intérêts, c’est ce que font les Etats-Unis depuis des lustres à travers le monde, en commençant par les Amérindiens. Et depuis peu, l’OTAN se joint à ces opérations militaires, qui sont parfois de pures agressions comme l’attaque sur la Lybie en 2011, ou le bombardement de la Serbie en 1999, qui a abouti à la création d’un Etat mafieux au cœur de l’Europe appelé Kosovo et protégé par l’OTAN. L’ordre international que l’Occident veut préserver à tout prix, c’est la loi du plus fort quand c’est lui qui est à la manœuvre, sous couvert de défense de droits de l’Homme ou de telle ou telle minorité, avec moultes manipulations pour faire avaler la pilule aux peuples.  

Il fut un temps où l’on ne s’apercevait de rien. Mais internet a changé la donne. Les Etats n’ont plus le monopole du contrôle de l’information et les narratifs sont moins efficaces.  

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