Procès Olivier : quand Philippe Guichard, commissaire de la PJ, dit ne pas croire que Fourniret soit un pédophile, il suscite l’indignation

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Laurence Beneux, France-Soir
Publié le 11 décembre 2023 - 15:25
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Procès Fourniret deuxième semaine
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Benoît Peyrucq / AFP
La juge d’instruction Sabine Khéris dresse de la complice de Fourniret un portrait moins sévère que celui de l’ex-procureur Francis Nachbar. Pour Didier Seban, avocat du père d'Estelle Mouzin, Monique Olivier n'aura fourni aucune aide.
Benoît Peyrucq / AFP

FAITS DIVERS - Du 4 au 8 décembre, s’est déroulée la deuxième semaine, éprouvante, du procès de Monique Olivier, l’ex-épouse du tueur en série Michel Fourniret. Cette dernière a été interrogée durant de longues heures, puis ce sont les témoins de l’affaire Estelle Mouzin, victime présumée du couple, qui se sont exprimés. Comme la semaine précédente, l’audience a souvent pris l’apparence d’une mise en accusation de la justice française à laquelle de nombreux reproches ont été adressés. La stratégie de défense d’un commissaire de la police judiciaire pour défendre le travail effectué a suscité l’indignation des parties civiles.

“Je ne me rappelle pas bien, je ne sais pas, je suis moins intelligente que certains semblent le croire, si je pouvais vous aider, je le ferais” : ainsi pourrait-on résumer les réponses de Monique Olivier durant son long interrogatoire.

“Vous ne nous avez jamais aidés”, l’a accusée Me Didier Séban, l’avocat d’Éric Mouzin, le papa d’Estelle, disparue à l’âge de 9 ans, le 9 Janvier 2003, et dont Monique Olivier n’a confirmé l’enlèvement, le viol et l’assassinat par son mari qu’en 2020.

Ce 5 décembre 2023, l’ex-femme du tueur continue à ne rien livrer d’utile. À mots lents, elle exprime des regrets, dit qu’elle comprendrait que les familles des victimes la haïssent, qu’elle mérite d’être emprisonnée et explique qu’elle n’a jamais trouvé la force d’intervenir pour empêcher son prédateur de mari d’aller jusqu’au bout ses crimes. Au récit du calvaire de Joanna Parrish, la famille de la jeune fille finit par quitter la salle. 

Un portrait moins sévère

Cuisinée par la cour, pour connaître, notamment, l’emplacement des corps de Marie-Angèle Domèce et d’Estelle Mouzin, Monique Olivier ne lâche rien. Elle soutient qu’elle ne demanderait pas mieux que d’aider à retrouver les jeunes victimes afin de leur offrir une sépulture, mais qu’elle ne sait pas.

En ce qui concerne Estelle Mouzin, elle semble d’ailleurs avoir convaincu la juge d’instruction Sabine Khéris, qui dresse de la complice de Fourniret un portrait moins sévère que celui de l’ex-procureur Francis Nachbar , qui a décrit le couple comme des ”monstres d’inhumanité”.

La magistrate, qui a repris l’affaire en 2019, rappelle au contraire que Monique Olivier est un être humain, à la personnalité duale, et explique qu’elle a eu le sentiment que l’accusée avait réellement voulu aider à retrouver le corps de l’enfant. Cependant, la juge d’instruction décrit aussi une femme avec de l’humour, à la conversation agréable et aisée dès qu’on lui parle d’autres choses que de ses crimes, et qui “s’intéresse à plein de choses” comme la culture ou l’anthropologie. Bref, une description assez peu compatible avec l’image de femme effacée et pas très maligne que la criminelle veut parfois donner.

La magistrate et Frédéric Bérardet, directeur d’enquête de la section de recherche (SR de la gendarmerie de Dijon) sont chaleureusement remerciés par les avocats des parties civiles pour avoir permis les avancées de l’enquête après leur saisine en 2019, à la création du pôle Cold cases.

Ce terrible sentiment de culpabilité que connaissent les proches

Mais les fonctionnaires de ce pôle, récemment créé, le pôle Crimes sériels ou non élucidés de son nom officiel, sont bien les seuls à être félicités ! Les lacunes des investigations menées les décennies précédentes avaient été vertement critiquées durant la première semaine du procès, et il en est de même cette deuxième semaine.

“Nous, la famille, n’avons jamais été pris au sérieux (…). J’accuse la police et la justice d’avoir mal fait leur travail”, dénonce Suzanne Goldschmidt, la maman d’Estelle, qui témoigne en visioconférence. 

Tous les proches de l’enfant rendent hommage à la petite fille gaie et pleine de vie, et expriment leur douleur et un sentiment de culpabilité. Ce terrible sentiment de culpabilité que connaissent les proches des victimes de crimes, nourri de “Si j’avais…” et du fait d’avoir dû continuer à vivre alors que l’être aimé n’a pas eu cette chance. Mais tous aussi reprochent à la justice son manque de diligence et le temps perdu.

Alors quand, vendredi 8 décembre, Stéphanie Leblond, enquêtrice au SRPJ de Versailles, tente de défendre le travail fourni et d’expliquer la logique présidant aux investigations menées, elle ne convainc pas.

Un doute sur l’implication des Fourniret dans la disparition d’Estelle

Mais quand le commissaire Philippe Guichard, ancien chef de la division de la police technique au SRPJ de Versailles, puis patron de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), défend le travail de ses services en émettant des doutes sur le résultat des investigations menées par le pôle Cold cases, ça ne passe pas. En effet, le policier exprime sa “surprise d’avoir une identification formelle sur un ADN mitochondrial” (présent à la surface de la cellule contrairement à l’ADN nucléaire, présent lui dans le noyau de la cellule, NDLR) et développe toute une série d’arguments qui tendraient, d’après lui, à laisser planer un doute sur l’implication des Fourniret dans la disparition d’Estelle. Ces propos lui valent une salve de critiques des avocats des parties civiles qui l’accusent de négligences et d’avoir mené une enquête “mains dans les poches”. Les représentants des victimes sous-entendent également que le policier tente de démolir, sans la connaitre, l’enquête menée par ses successeurs pour justifier ses échecs. 

Et quand le commissaire Philippe Guichard se hasarde à dire de Michel Fourniret : “Je ne crois pas que ce soit un pédophile”, il suscite l’indignation. Rappelons que parmi les victimes connues de Michel Fourniret, Elizabeth Brichet, Natacha Danais et Mananya Thumpong, avaient entre 12 et 13 ans.

 

Didier Séban : “Éric Mouzin a dit, à la fin de son intervention : 'Il y a deux avocats pour Monique Olivier, la PJ de Versailles et Richard Delgenes’” 

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