Migrants : Macron rencontre le pape et joue l'apaisement avec Rome

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Par Laurence BENHAMOU, Catherine MARCIANO - Cité du Vatican (AFP)
Publié le 26 juin 2018 - 20:51
Mis à jour le 27 juin 2018 - 01:52
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Le président Emmanuel Macron lors d'une visite à Quimper le 21 juin 2018
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© ludovic MARIN / AFP
Le président français Emmanuel Macron a rencontré mardi matin longuement le pape François, mais aussi la veille, très discrètement, le chef du gouvernement italien, en plein conflit politique entre Paris et Rome sur l'accueil des migrants.
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Le président français Emmanuel Macron a rencontré mardi le pape François au Vatican sur le sujet incontournable de l'accueil des migrants en Europe, tout en jouant l'apaisement avec le nouveau gouvernement populiste italien.

A l'issue de sa visite officiellement vaticane, il a révélé devant la presse avoir eu une rencontre officieuse la veille au soir avec le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, à deux jours du conseil européen consacré au dossier migratoire qui déchire l'UE.

La France s'était encore fait vertement critiquée lundi par le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, qui accuse M. Macron de fermer ses portes aux migrants.

Mais dans un geste d'apaisement et de coopération européenne, le président a annoncé mardi que la France sera l'un des six pays européens à accueillir les 233 migrants du navire humanitaire Lifeline que Malte va laisser accoster. Il s'agira de "quelques dizaines d'individus par pays" d'accueil, a-t-il précisé.

Et M. Macron a même rejoint certaines critiques de Rome sur le rôle des ONG en Méditerranée. Pour lui, l'ONG allemande Lifeline "a coupé le signal et elle est intervenue en contravention de toutes les règles et des garde-côtes libyens"

"On ne peut pas accepter durablement cette situation car au nom de l'humanitaire cela veut dire qu'il n'y plus aucun contrôle. A la fin on fait le jeu des passeurs en réduisant le coût du passage pour les passeurs. C'est d'un cynisme terrible", a poursuivi le président français.

Il veut aussi que l'Europe "renforce sa coopération avec les garde-côtes" libyens pour "limiter les mouvements" de migrants car, selon lui, "la capacité à fermer cette route est la plus efficace et aussi la plus humaine".

M. Macron a reconnu aussi que "l'Italie a un fardeau: les centaines de milliers d'exilés qui n'ont pas obtenu l'asile et restent dans une situation de non droit".

"Nous avons regardé la réalité de cette situation avec le pape", a-t-il dévoilé après son entretien privé, en jugeant à ses côtés que ce défi politique "ne se résout ni dans la dilution absolue de ce que nous sommes, ni dans un rejet absolu".

A l'issue de leur longue rencontre de 57 minutes, le pape lui a offert un médaillon de Saint Martin, qui selon la tradition chrétienne a partagé son manteau avec un déshérité. "C'est la vocation des gouvernants de protéger les pauvres... e tutti siamo poveri" (et nous sommes tous des pauvres), lui a fait remarquer François avec un regard appuyé, en mélangeant les deux langues.

Le chef de l'Etat français a aussi évoqué des sujets sociétaux avec le souverain pontife, comme l'avortement, le mariage homosexuel, ou la procréation médicalement assistée, défendant devant lui "la liberté des femmes à disposer de leur corps".

En quittant le Souverain Pontife, le président français a posé la main sur l'épaule de François dans un geste complice et ils se sont embrassés sur les deux joues.

Commentant la personnalité de Jorge Bergoglio, Emmanuel Macron a expliqué avoir apprécié "sa singularité". "J'ai eu face à moi quelqu'un qui n'a cherché aucun rapport de force, c'est très rare dans la vie politique contemporaine".

- Cierges et laïcité -

Après sa visite chez le pape, Emmanuel Macron est allé chercher son titre de "premier et unique chanoine d'honneur" de la basilique Saint-Jean-de-Latran, une tradition remontant à Henri IV.

Le président français a dans la foulée précisé sa vision de la laïcité lors d'une allocution de vingt minutes devant la communauté catholique française de Rome.

"La France a un lien particulier avec l'Eglise catholique", a-t-il rappelé. Pour lui, la laïcité "n'est pas la lutte contre la religion". "C'est la liberté de croire et ne pas croire", "à condition que chacun, quelle que soit sa religion ou sa conviction philosophique, soit pleinement dans la République", a-t-il ajouté.

La laïcité ne doit pas être "une pudibonderie contemporaine, qui consisterait à dire +ne me parlez pas de religion, cachez cette religion, cette croyance que je ne saurais voir. Elle est partout dans la société", a-t-il plaidé.

Devant la presse, il s'est plus tard félicité que la France soit un pays "où la critique des religions est possible, où le blasphème est possible".

Début avril, devant l'épiscopat français, Emmanuel Macron avait dit vouloir "réparer" le "lien abîmé" entre l'Église catholique et la République française. La gauche avait dénoncé avec vigueur une atteinte à la laïcité.

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