Entretien avec Marie-Jo Bonnet et Nicole Athea : "La transition de genre, c’est le cheval de Troie du transhumanisme”

Auteur(s)
Laurence Beneux, France-Soir
Publié le 05 mars 2024 - 10:49
Image
 Entretien essentiel Marie-Joe Bonnet et Nicolas Athea
Crédits
F. Froger / Z9 pour France-Soir
Nicole Athea, gynécologue-endocrinologue et Marie Joe-Bonnet, historienne du féminisme.
F. Froger / Z9 pour France-Soir

ENTRETIEN - L’historienne féministe Marie-Jo Bonnet et la gynécologue-endocrinologue Nicole Athea interrogent ce qu’elles nomment une “épidémie de demandes de transition” chez les adolescents, et plus particulièrement chez les filles qui représentent 75 % des demandes de changements de genre. Les deux auteures s’alarment de ce qu’elles nomment un “féminicide social”.

 

Dans leur livre Quand les filles deviennent des garçons, les deux femmes alertent sur le fait que ces demandes massives de transition de genre féminines, qui apparaissent à l’adolescence sans aucun signes précurseurs antérieurs, sont moins dues au fait de vouloir devenir garçon qu’au malaise d’être une fille. 

Les causes de ce mal-être féminin sont multiples. 

Les violences faites aux femmes, largement relayées dans les médias, créent un climat particulièrement anxiogène pour les adolescentes, qui refusent alors de s’identifier à des victimes par nature. 

Une lesbophobie encore très prégnante pousse des jeunes lesbiennes à impersonnifier le sexe masculin afin de créer l’illusion d’un couple hétérosexuel, socialement mieux accepté que le couple lesbien. Des pubertés de plus en plus précoces, dues notamment à la pollution par les perturbateurs endocriniens, sont difficiles à vivre pour celles qui ne sont encore que de petites filles. 

“Etre trans, c’est plus fun que la psychiatrie”

La détérioration de la santé psychologique et psychiatrique de la jeunesse, dont un des symptômes est la hausse alarmante du taux de suicides, notamment chez les filles, incitent ces dernières à chercher des remèdes à leurs souffrances. Or, “être trans, c’est plus fun que la psychiatrie” dit l’une d’entre elles. 

“Cette épidémie de demandes de transition chez les filles, elle est liée à la détérioration de la santé mentale adolescente et en particulier chez les filles”, explique Nicole Athea.

Marie-Jo Bonnet et Nicole Athea dénoncent une précipitation, imprudente et inutile, à proposer des traitements dangereux et parfois des opérations irréversibles, présentés comme uniques remèdes à un mal-être aux causes diverses. 

Les deux auteures déplorent un refus de la réflexion et le sacrifice de la pensée critique sur l’autel d’un ultralibéralisme conquérant qui autorise tout à partir du moment où ça rapporte de l’argent.

“L’industrie pharmaceutique, c’est elle qui bénéficie de la transition de genre puisque ce sont des clients à vie”, explique Marie-Jo Bonnet. “La transition de genre, c’est le cheval de Troie du transhumanisme (…). C’est une atteinte au corps des jeunes et c’est une expérimentation à grande échelle des nouvelles thérapies (…) sans avoir besoin de faire auparavant des tests”, s’alarme encore l’historienne. “On est dans une société qui programme l’obsolescence de l’humain”, conclut-elle.

Et cela a des conséquences. Les demandes de “détransitions” se multiplient dans les pays occidentaux. Elles commencent à arriver en France, pays qui a autorisé tardivement les traitements précoces pour changer de sexe.

“Les centres français, je pense que la détransition est devant eux”, prédit la gynécologue Nicole Athea.

Pas plus de suicides chez les adolescents trans

Les deux essayistes pointent aussi un militantisme trans particulièrement efficace et violent, extrêmement présent sur les réseaux sociaux, mais qui influence aussi l’école, les législateurs et le milieu médical. 

Nicole Athea explique que c’est par dogmatisme que certains médecins "transaffirmatifs” s’obstinent à considérer la transsexualité comme unique cause à la dysphorie de genre, alors que des études et les chiffres démontrent le contraire. Par exemple, les adolescents réputés trans ne se suicident pas plus que les autres, même sans traitement. Tandis que les détransitionneuses expliquent que, privées de la prise en charge psychologique ou psychiatrique dont elles auraient eu besoin, leur souffrance a persisté durant leurs années de transition.

Le dogmatisme, par définition, refuse la remise en question. 

Les “détransitionneuses” sont considérées comme des traîtres à la cause trans, et mises au ban de leur ancien milieu militant. Par ailleurs, certains médecins tentent de les dissuader de réinvestir leur sexe biologique.

Les intellectuels ou les scientifiques qui alertent sur les dangers que recèle cette épidémie de transitions de genre, se voient accusés de “transphobie”, un anathème qui n’est pas sans évoquer l’accusation de “complotisme” qui fusait, durant la crise du Covid, à la moindre tentative de questionnement des politiques sanitaires. 

Pourtant, à l’instar de Marie-Jo Bonnet et Nicole Athea, ces chercheurs ne font preuve d’aucune hostilité contre les transsexuels, au contraire. Un médecin comme Nicole Athea les prend médicalement en charge. 

Ces professionnels souhaitent simplement susciter une réflexion et pointer les dangers à se lancer dans une transition de genre prématurée, sans avoir questionné de façon approfondie le malaise intérieur du patient. Les causes de sa souffrance psychique sont peut-être étrangères à une présumée transsexualité. 

Des intellectuels comme l’historienne Marie-Jo Bonnet pointent aussi les questionnements culturels que cette épidémie de transitions, notamment chez les jeunes filles, soulèvent.

À LIRE AUSSI

Image
Prostitution des mineurs Laurence Beneux
Mineurs proxénètes : un phénomène inquiétant qui prend de l’ampleur
FAITS DIVERS - Les 8 et 9 janvier 2024, huit jeunes hommes ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Paris à des peines allant de 18 mois avec sursis à 6 ans ...
01 février 2024 - 16:29
Société
Image
Ana-Luana Stoicea-Deram EE
GPA - “Si on commence à produire des enfants par contrat, on est dans la déshumanisation”. Ana-Luana Stoicea-Deram, co-présidente de la CIAMS
ENTRETIEN ESSENTIEL - C’est un cri d’alarme que lance Ana-Luana Stoicea-Deram, co-fondatrice et co-présidente de la Coalition Internationale pour l’Abolition de la Mat...
20 décembre 2023 - 14:48
Vidéos
Image
Spectacle enfants partouze LB
Des dessins sexuellement explicites projetés lors d’un spectacle scolaire
FAITS DIVERS - Des dessins sexuellement explicites ont été projetés lors d’un spectacle scolaire auquel assistaient et participaient des enfants d’écoles primaires en ...
23 février 2024 - 16:36
Société

L'article vous a plu ? Il a mobilisé notre rédaction qui ne vit que de vos dons.
L'information a un coût, d'autant plus que la concurrence des rédactions subventionnées impose un surcroît de rigueur et de professionnalisme.

Avec votre soutien, France-Soir continuera à proposer ses articles gratuitement  car nous pensons que tout le monde doit avoir accès à une information libre et indépendante pour se forger sa propre opinion.

Vous êtes la condition sine qua non à notre existence, soutenez-nous pour que France-Soir demeure le média français qui fait s’exprimer les plus légitimes.

Si vous le pouvez, soutenez-nous mensuellement, à partir de seulement 1€. Votre impact en faveur d’une presse libre n’en sera que plus fort. Merci.

Je fais un don à France-Soir

Dessin de la semaine

Portrait craché

Image
Blair
Tony Blair : de Bagdad à Davos, du caniche de Bush à un ersatz de Schwab
PORTRAIT CRACHE - Après avoir traîné son flair politique façon caniche de Bush sur les champs de bataille irakiens, Tony Blair, l'avocat devenu Premier ministre a su t...
15 juin 2024 - 10:45
Politique
Soutenez l'indépendance de FS

Faites un don

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription à la Newsletter hebdomadaire de France-Soir est confirmée.

La newsletter France-Soir

En vous inscrivant, vous autorisez France-Soir à vous contacter par e-mail.